ZOEGER.—Voici.
Sa voix lente, privée d'accent, paraîtrait molle, sans une résonnance finale qui déconcerte, une sécheresse tranchante comme un couperet qui tombe.
ZOEGER.—Je crois qu'il est utile, pour un premier numéro, que nos études soient délibérément tendancieuses, qu'elles affirment nettement notre tour d'esprit..
Regard circulaire qui s'assure l'approbation de tous.
ZOEGER.—Pour moi, j'ai donc l'intention de donner un article qui prépare en quelque sorte les suivants. Je me contenterai de développer cette idée générale: que,—notre seul point de départ logique pour étudier l'homme étant le milieu vital où il évolue,—la philosophie moderne, la seule qui puisse renouveler le domaine philosophique, doit être biologique, doit être une philosophie à notre niveau, au plan que l'homme occupe dans la nature; qu'en outre, cette philosophie a l'avantage d'être à cycle ouvert, puisqu'elle émane spontanément de l'état actuel des sciences; et que, nourrissant ses raisonnements des seuls faits contrôlables, elle est nécessairement alimentée par le progrès scientifique, et amenée à se transformer avec lui.
PORTAL.—Voilà qui écartera tout de suite de notre revue les neuf dixièmes des métaphysiciens...
ZOEGER (incisif).—C'est ce qu'il faut.
HARBAROUX (saisissant l'occasion).—Ce serait une bonne chose que chacun de nous puisse ainsi donner, dès aujourd'hui, un aperçu de ses projets... Notre premier fascicule se trouverait à peu près constitué dès ce soir. Est-ce ton avis, Barois?
BAROIS (depuis un instant soucieux).—Mais oui.
HARBAROUX (spontanément).—Moi, j'ai une trentaine de pages sur le mouvement des Communes au XIIe siècle, et son analogie avec les troubles sociaux de ces cinquante dernières années.