JULIA.—Ne le croyez-vous pas?
BAROIS (surpris).—Je sais que cette hypothèse n'est pas invraisemblable, mais...
JULIA (vivement).—Oncle en est sûr.
BAROIS.—C'est un beau rêve, Mademoiselle. Et, en somme, il n'y a aucune raison pour qu'il soit irréalisable... (Réfléchissant tout haut.) On sait aujourd'hui que jadis la température de la terre a été trop élevée pour que la synthèse vivante y ait été possible. Il y a donc eu un moment où la vie n'existait pas, puis un moment où la vie a existé.
JULIA.—Voilà. Et c'est cet instant précis où la vie est apparue, qu'il s'agit de reproduire...
BAROIS (rectifiant).—Permettez. Je ne dis pas tout à fait: l'instant où la vie est apparue... Je dirai: l'instant où, sous l'influence de certaines conditions, qui restent à trouver, la synthèse vivante s'est faite, entre des éléments qui existaient déjà de toute éternité.
JULIA (attentive).—Pourquoi cette distinction?
BAROIS (un peu gêné du tour technique de la conversation).—Mon dieu, Mademoiselle, parce que je crois que la locution courante: «la vie est apparue», est dangereuse... Elle correspond trop à cette manie que l'on a de toujours poser le problème d'un «commencement»...
Elle a croisé les jambes, posé le coude sur un genou, et tient son menton dans sa main.
JULIA.—Mais il est nécessaire, pour concevoir que la substance vivante existe, de supposer qu'elle a «commencé» d'être.