LUCE.—Non, non, écoutez-moi, mon ami. Il faut réfléchir.

Voilà deux ans que, pour créer cette revue, vous vous êtes donné, sans restriction. Votre Semeur est en plein élan. Eh bien, s'il devient mon porte-voix, tout est compromis; c'est la faillite probable de tous vos efforts...

Barois s'est dressé, trop bouleversé pour répondre. Une joie soudaine, un orgueil immense...

Ils se regardent. Luce a compris. Autour d'eux l'atmosphère s'alourdit. Dans le silence où bat leur double cœur, ils ouvrent les bras et s'étreignent.

C'est le commencement des exaltations surhumaines...


Huit jours plus tard.

Dans la cour de la maison qu'habite Barois, rue Jacob.

Au fond d'une remise ouverte, Woldsmuth et quelques acolytes, sont assis à une table. Breil-Zoeger, Harbaroux, Cresteil, Portal, vont et viennent.

Derrière eux, en piles blanches, 80.000 numéros du Semeur sont entassés. Odeur humide de l'impression fraîche.