Barois approuve d'une simple inclinaison de tête.

Luce se lève.

LUCE.—Je ne veux pas me poser en redresseur de torts. Je veux seulement que mon cri d'alarme avertisse le gouvernement, et provoque dans l'opinion un revirement de conscience qui s'impose. Après quoi, je suis résolu à livrer mon enquête telle quelle, comme un outil de travail,—et à m'effacer. Vous me comprenez? (Avec une expression de souffrance réelle.) Simplement rejeter ce doute qui m'étouffe!

Si Dreyfus est coupable,—et je le souhaite encore de toutes mes forces—qu'on le prouve, en débats publics: nous nous inclinerons. Mais avant tout, que l'on dissipe cet air irrespirable!

Il s'avance pesamment jusqu'à la fenêtre ouverte, et baigne son regard dans les fraîcheurs vertes du jardin.

Quelques instants passent.

Il se retourne vers Barois, comme s'il se souvenait tout à coup du but de sa convocation; et, familièrement, il lui met ses deux mains sur les épaules.

LUCE.—Barois, j'ai besoin d'un organe où lancer cet appel à la loyauté...

(Hésitant.) Consentiriez-vous à jeter votre Semeur dans la mêlée?

Une telle fierté relève le visage de Barois, que Luce se hâte de parler.