L'émeute est dispersée
Barois tourne un commutateur et aperçoit Julia, tout contre lui, debout, appuyée à une table.

Elle est tellement enlaidie par l'émotion, qu'il la fixe une seconde, pour la reconnaître: les traits crispés, le teint de plomb, le visage vieilli, durci, farouche, avec une expression bestiale et passionnée... L'instinct à nu... Quelque chose de sensuel, d'effroyablement sensuel...

Il pense: «Voilà son masque, dans l'amour...»

Le regard qu'il lui jette est brutal et pénétrant comme un viol: et elle le reçoit, comme une femelle consentante.

Puis, détente nerveuse, elle s'abat sur un siège en sanglotant.
Il quitte la pièce, sans prononcer un mot. Ses mains tremblent d'énervement.

Il ouvre les volets.

La rue est calme, à peine plus animée qu'à l'ordinaire, si ce n'est aux fenêtres et aux balcons, par des groupes de curieux.

Sous les réverbères brisés, dont le vent couche et tord les flammes, les agents font les cent pas.

LE GARÇON.—Monsieur, c'est le concierge avec le Commissaire, pour les constatations...

[1] L'Aurore (13 janvier 1898). Lettre ouverte d'Emile Zola au Président de la République: «J'accuse...»