Labori regarde les jurés, puis le tribunal, enfin l'auditoire, comme pour prendre tout le monde à témoin de cette réponse évasive.
Puis il s'incline courtoisement devant le général, avec un sourire triomphant.
Me LABORI.—«C'est bien, je vous remercie, mon général.»
Me CLÉMENCEAU (intervenant).—«M. le Président, nous avons amené ici un témoin qui tenait de la bouche d'un des membres du Conseil de Guerre qu'il y avait eu une pièce secrète communiquée aux juges. On ne nous a pas permis de l'interroger.»
Me LABORI.—«J'ai dans mon dossier deux lettres qui disent la même chose. Et j'ai une lettre, qui est d'un ami du Président de la République; ce témoin a déclaré qu'il ne viendrait pas déposer, parce qu'on l'a prévenu, que, s'il racontait le fait, on viendrait dire qu'il est inexact.»
Me CLÉMENCEAU.—«Et pourquoi le général Billot ne l'a-t-il pas dit à M. Scheurer-Kestner, quand il est allé le lui demander? Tout cela serait terminé aujourd'hui!»
M. LE PRÉSIDENT (nerveux).—«Vous direz tout cela dans votre plaidoirie.»
M. LE GÉNÉRAL GONSE (s'avançant à nouveau).—«J'ai un mot à dire au sujet de la déposition qui a été faite tout à l'heure, quand on a parlé des notes.
«J'ai dit que les notes de l'État-Major étaient secrètes: elles sont toujours secrètes; nous ne correspondons dans les bureaux de l'État-Major que par des notes, qui ont toujours le caractère secret. Et, quand on dit: note sur ceci, note sur cela, cela veut dire: note secrète.
«Maintenant, quand on vient dire que Dreyfus ne connaissait pas ce qui se passait dans les bureaux de l'État-Major en septembre 1893, c'est encore une erreur. Dreyfus a passé d'abord six mois...»