Me LABORI (se dressant, prêt à bondir).—«Ici, j'interviens pour dire qu'il y a au moins une de ces deux paroles qui est fausse, c'est: «légalement»!

M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX (provoquant).—«Prouvez-le!»

Me LABORI (brutal).—«C'est prouvé.»

Me CLÉMENCEAU (plus conciliant).—«Nous avons voulu toujours prouver; on nous en a empêchés; et si M. le général de Pellieux veut que je m'explique sur ce point, je suis prêt à le faire.»

M. LE PRÉSIDENT (se hâtant, d'un geste sec).—«C'est inutile.»

Me LABORI (incapable de se contenir).—«C'est prouvé par Me Salle, c'est prouvé par Me Demange! C'est prouvé par les publications des journaux qu'on n'a pas démenties! C'est prouvé par M. le général Mercier, qui n'a pas osé dire en face de moi, le contraire! Je lui avais envoyé par les journaux, la veille, une provocation à laquelle il a répondu par le silence, à laquelle il a répondu par une distinction, qui, à elle toute seule, est une preuve décisive. Car, lorsque j'ai dit: «Le général Mercier a livré une pièce au Conseil de Guerre, et publiquement le général Mercier s'en est vanté partout», M. le général Mercier, jetant encore dans le débat (je ne dis pas volontairement, mais peut-être inconsciemment) une équivoque, a répondu: «Ce n'est pas vrai». Et je lui ai dit: «Qu'est-ce qui n'est pas vrai? Est-ce que c'est: que vous ne l'avez pas dit partout, ou est-ce que c'est au contraire: que vous n'avez pas livré de pièces?» Et il a répondu: «C'est seulement que je ne m'en suis pas vanté partout.»

«Je dis que pour tout esprit de bonne foi, la preuve est faite. La preuve, c'est que personne, malgré toute l'émotion que l'affaire a jetée dans le pays, personne ne s'est levé pour dire ce que M. de Pellieux ici n'ose pas dire: je l'en défie!»

Une pause.

(Souriant.) «Eh bien! moi, je dis que la preuve est faite.»

M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX (hautain).—«Comment voulez-vous que je vous dise ce qui s'est passé au procès Dreyfus: je n'y étais pas!»