Me CLÉMENCEAU.—«M. le Président, j'ai l'honneur de demander la parole...»
Sa sobre assurance impose, par contraste avec la superbe impétuosité de son confrère.
Me CLÉMENCEAU.—«... Le général de Pellieux nous a dit qu'au moment de l'interpellation Castelin on avait eu des preuves absolues... Est-ce donc que, jusqu'alors, on n'avait eu que des preuves relatives?»
Courte pause.
Il reste impassible, mais une ombre malicieuse plisse ses paupières bridées.
Zola, toujours appuyé sur sa canne, tourne légèrement la tête, et lui lance un bref sourire d'approbation.
LUCE (à Barois, bas).—Il sait sûrement que la pièce est fausse...
Me CLÉMENCEAU (de sa voix paisible).—«Je demande à M. de Pellieux: Comment se fait-il,—car c'est une question qu'on commence à se poser partout—comment se fait-il que ce soit dans un procès d'assises qu'une parole aussi sérieuse soit prononcée? Comment se fait-il que M. le général Billot, au cours de l'interpellation Castelin, n'ait pas parlé de ces pièces secrètes à la Chambre, et n'ait pas menacé la Chambre de la guerre, et que ce soit à une audience de la Cour d'Assises qu'on vienne prononcer les graves paroles que vous avez entendues hier, et que l'on vienne révéler les documents secrets?»
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX (agacé).—«Je n'ai pas menacé le pays de la guerre; tout cela, c'est jouer sur les mots. Que M. le général Billot n'ait pas parlé, lors de l'interpellation Castelin, de cette pièce ou d'autres,—car il y en a d'autres, le général de Boisdeffre vous le dira,—cela ne me regarde pas; le général Billot fait ce qu'il veut.
(S'adressant aux jurés.) «Ce qui est sûr, c'est que M. le général Billot, à plusieurs reprises, l'a dit à la Chambre: «Dreyfus a été justement et légalement condamné!»