M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX.—«Commandant Ducassé! Voulez-vous aller chercher le général de Boisdeffre, en voiture,—tout de suite!»
Il est l'Armée elle-même.
Son attitude implacable en impose à tous, à ses adversaires, à ses juges; la foule, subjuguée, hurle de joie, comme un chien qui vient d'être battu.
Me CLÉMENCEAU (se levant).—«Monsieur le Président, j'aurais à répondre quelques mots aux observations de M. le général de Pellieux.»
Il s'arrête, interrompu une fois encore par le général.
Et, debout, d'aplomb sur les jambes il suit, de cet œil vif et à peine ironique qui anime son visage plat de levantin, une courte joute entre Labori et le général de Pellieux, relative à la publication de l'acte d'accusation de 1894.
Labori, drapé dans les plis de sa robe, les bras dressés laissant voir la chemise jusqu'au coude, semble jeter l'anathème.
Me LABORI.—«M. le général de Pellieux fait appeler ici M. le général de Boisdeffre: il a raison!
«Mais ce qu'il faut bien qu'on sache, et vous verrez qu'avant quarante-huit heures mes paroles se révéleront prophétiques, c'est qu'il ne sera pas possible d'arrêter le débat avec les paroles de M. le général de Pellieux, ni avec celles de M. le général de Boisdeffre. Ce ne sont pas des paroles d'hommes, quels qu'ils soient, qui donneront de la valeur à ces pièces secrètes. Ces pièces, il faudra, ou que l'on n'en parle pas, ou qu'on les montre; c'est pourquoi je dis à M. le général de Pellieux: «Apportez les pièces, ou n'en parlez plus!»
Me Clemenceau lève tranquillement la main vers le Président.