Son expression simple et résolue en impose. Seul Zoeger secoue les épaules.

ZOEGER.—Pourtant, permettez, les faits...

LUCE (très ferme, s'adressant à tous).—Non, mes amis, non... Mettons-nous en garde... L'État-Major n'est pas plus une bande de «faussaires», que nous ne sommes, nous, une bande de «vendus»... Jamais vous ne me ferez admettre que des hommes comme les généraux de Boisdeffre, Gonse, Billot, et les autres, puissent s'entendre pour fabriquer des pièces fausses!

Cresteil d'Allize, l'œil ardent, le sourire amer, le visage tourmenté, suit la querelle en lissant impatiemment sa longue moustache.

CRESTEIL.—A la bonne heure! Moi, j'ai connu le général de Pellieux autrefois: c'est l'intégrité même.

LUCE.—D'ailleurs, il suffit de l'avoir vu et entendu, pour être certain que ce qu'il affirme, il le croit: son éloquence est indubitablement celle de la sincérité. Et, jusqu'à preuve du contraire, j'estime que les autres généraux sont tous dans le même cas.

CRESTEIL.—On les trompe. Ils sont les premières dupes de ce qu'ils avancent.

ZOEGER (sourire glacial).—Vous leur supposez un aveuglement qui n'est pas vraisemblable.

CRESTEIL (vivement).—Très vraisemblable au contraire! Ah, mon cher, si vous aviez fréquenté de près les officiers...

Tenez, le groupe, là, derrière nous... Regardez-les sans parti-pris.