BAROIS.—C'est une espèce de coup d'État...
LUCE (grave).—Oui, j'en ai l'impression depuis le premier jour: nous assistons à une révolution.
ZOEGER (rectifiant).—Nous la faisons!
BAROIS (glorieusement).—Et comme toutes les révolutions, c'est une minorité qui en prend l'initiative, et qui l'accomplit toute seule, à coup de passion, à coup de volonté, à coup de persévérance!
Ah, c'est une belle vie, sacredié, qu'une lutte pareille!
Luce secoue la tête, évasivement.
Julia, spontanément, se rapproche de Barois et se pend à son bras; il ne semble pas s'en apercevoir.
BAROIS (avec un grand éclat de rire, jeune et crâne).—Oui, je l'accorde, la réalité, en ce moment surtout, est laide, féroce, injuste, incohérente: mais quoi! c'est d'elle pourtant que la beauté finale jaillira un jour!
(A Luce.) Vous me l'avez répété cent fois: le mensonge, tôt ou tard, trouve son châtiment dans la vie elle-même. Eh bien, je crois à la force inéluctable de la vérité! Et si, ce soir, la partie est perdue encore une fois, courage!
Nous la gagnerons peut-être au prochain tour!