Barois, ébranlé, hésite; puis se tait.

WOLDSMUTH.—Eh bien, mon cher, il est encore temps de prévenir le coup. J'ai peu à peu constitué un dossier: rien que des faits exacts, j'en réponds: ceux sur lesquels j'avais une hésitation, je viens d'aller les contrôler là-bas, en Allemagne...

BAROIS.—Ah, c'est pour ça, que...

WOLDSMUTH.—Oui. (Ouvrant sa serviette.) J'ai donc là, de quoi anéantir d'avance le coup du «secret d'État». Mais il est grand temps d'agir.

Je vous apporte mon dossier. Publiez-le demain!

BAROIS (sérieux, après un instant de recueillement).—Je vous remercie, Woldsmuth... Mais je crois qu'aujourd'hui une pareille publication serait une faute capitale.

Woldsmuth fait un geste de découragement.

BAROIS.—Elle attirerait l'attention sur un point qui est, quoi que vous en pensiez, relégué dans l'ombre... Par esprit de riposte, on croirait peut-être devoir y revenir; tout ça remuerait l'opinion: ce serait maladroit...

L'acquittement est inévitable. Eh bien, triomphons en beauté, sans ressusciter de mesquines polémiques...

Woldsmuth, les épaules basses, replie silencieusement sa serviette.