«Bien tristement à vous,
Barois.»
Le lendemain, en première page du Semeur:
GUILLAUME II ET L'AFFAIRE DREYFUS.
Nous avons eu la surprise, ces dernières semaines, de voir sournoisement reparaître une hypothèse ingénieuse, qui expliquerait, pour certains cerveaux simplistes, toutes les obscurités de l'Affaire: c'est celle du bordereau sur papier fort, annoté par Guillaume II, saisi par un agent français sur le bureau impérial, qu'il a fallu rendre précipitamment devant la menace d'une guerre, et dont le bordereau sur papier pelure serait un calque, fait au Ministère de la Guerre, en vue du procès de 1894.
Nous ne prendrons pas la peine de relever les puériles invraisemblances de cette romanesque aventure.
Nous nous bornerons à poser trois questions:
1° Si le bordereau est un calque de l'écriture authentique de Dreyfus, pourquoi ressemble-t-il mal à l'écriture de Dreyfus, tandis qu'il reproduit identiquement l'écriture d'Esterhazy?
2° S'il est vrai que les faux d'Henry s'expliquent par la nécessité de substituer des pièces inoffensives aux autographes impériaux dont l'usage était impossible, comment se fait-il que, questionné par le Ministre de la Guerre avant son arrestation, Henry n'ait pas dévoilé la légitimité de ses faux, afin de s'innocenter? Des généraux assistaient à l'interrogatoire; le général Roget en a pris la sténographie: Henry n'a donné aucun motif de ce genre à ses falsifications de pièces.
3° Si l'histoire du bordereau annoté est exacte, quand Brisson, bouleversé par le suicide d'Henry, a manifesté l'intention de reconnaître publiquement son erreur et de prendre en main la cause de la révision, pourquoi le Ministre de la Guerre, qui a fait à ce moment auprès de Brisson les plus inquiètes démarches pour empêcher ce geste, ne l'a-t-il pas simplement averti de l'intervention impériale, afin d'arrêter net ce revirement d'opinion si dangereux pour les anti-revisionnistes?