A Monsieur Ulric Woldsmuth, Rédacteur au Semeur
Rue de l'Université. Paris.
«Rennes, le 13 août 1899
«Mon cher Woldsmuth,
«Vous avez lu la sténo d'hier et d'avant-hier? Vous aviez donc raison, cher ami, mille fois raison! Mais qui pouvait se douter?
«Tous ces jours-ci nos adversaires ont attendu, passionnément, cet argument décisif contre Dreyfus, qui leur est promis depuis si longtemps. Les généraux ont parlé: déception sur toute la ligne! Alors, comme l'opinion publique se refuse obstinément à admettre que cet argument n'existe pas, elle interprète certaines réticences de l'État-Major dans le sens que vous aviez prévu: et le tour est joué. Aujourd'hui on a été jusqu'à faire courir le bruit que l'Allemagne, au dernier moment, aurait imposé ce mutisme héroïque à nos officiers!
«Je vous expédie, en hâte, les feuillets que vous avez dictés à Julia avant mon départ. Ils sont, hélas, d'une urgente actualité. Breil-Zoeger qui rentre à Paris pour prendre votre place, vous les remettra ce soir, avec ce mot.
«Concertez-vous aussitôt avec Roll pour qu'ils paraissent, si possible, demain, et assurez-leur une large diffusion avant de quitter Paris.
«Apportez-en deux mille numéros à Rennes, ce sera suffisant.