JEAN.—Oh, souvent!

SCHERTZ.—Eh bien?

JEAN.—On m'a fait toutes les réponses possibles... Que j'étais trop sensible... Que j'étais un orgueilleux révolté... Que le mal est la condition du bien... Que l'épreuve est nécessaire pour l'amélioration de l'homme... Que, depuis le péché originel, Dieu avait voulu le mal, et qu'il faut le vouloir avec lui...

SCHERTZ (souriant).—Eh bien?

JEAN (haussant les épaules).—Des mots... Des apparences d'arguments...

Schertz: un regard aigu vers Jean; puis son masque change d'expression, s'aggrave. Il évite de relever les yeux.

JEAN.—Au fond des choses, on se heurte à un sophisme: on veut me prouver la puissance et la bonté de Dieu en faisant l'apologie de l'ordre universel; et dès que je veux faire remarquer combien cet ordre est imparfait, on me refuse le droit de porter un jugement sur cet univers, justement parce qu'il est l'œuvre de Dieu... (Quelques pas; il élève la voix.) Si bien que jamais on ne m'a permis de concilier ces deux affirmations: d'une part, que Dieu est la somme de toutes les perfections; et, d'autre part, que ce monde imparfait est son œuvre!

Il s'arrête devant l'abbé et cherche à rencontrer son regard. Mais Schertz détourne la tête. Un silence. Enfin leurs yeux se croisent; ceux de Jean voilés d'une expression anxieuse, qui questionne.

L'abbé ne peut pas se dérober entièrement.

SCHERTZ (sourire mal assuré.).—Ainsi, vous aussi, mon pauvre ami, vous voilà soucieux de ces grands problèmes...