Qui ne voit dans l'attitude du Kaiser un très simple et très douloureux cas de conscience?
L'Empereur sait,—mieux que personne—l'innocence de Dreyfus; et, sans toutefois vouloir faire courir à son pays le danger d'une complication diplomatique, il cherche à le crier aussi souvent et aussi haut qu'il le peut.
Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
LE SEMEUR.
«A M. Marc Elie Luce, Auteuil.
«Rennes, le 5 septembre 1899.
«Mon cher ami,
«Notre découragement est sans bornes. Pratiquement, la cause est perdue. Les deux semaines qui viennent de s'écouler ont décidé de l'Affaire. L'opinion des juges est établie: et ils sentent bien que la majorité est avec eux.
«Woldsmuth me reproche d'avoir trop tardé à publier son article. Je me le reproche aussi, quoique je reste sceptique sur l'efficacité qu'il aurait pu avoir. Comment s'attaquer à une fable qui n'a jamais été clairement formulée par personne? Et, le serait-elle, qu'elle resterait pareillement insaisissable, puisqu'il est admis qu'aucune trace matérielle ne peut subsister des fameux autographes impériaux. C'est le domaine des affirmations gratuites. Devant ces fumées, nous sommes sans armes; pas de lutte possible.