Les têtes se découvrent.

Les deux hommes s'engagent vivement dans l'intérieur du palais, suivis de quelques intimes.

A trois heures la salle est comble; des gens debout obstruent les dégagements.

Les rideaux s'écartent lentement, découvrant la scène vide, où Barois paraît presque aussitôt. Une immense ovation roule en tonnerre, s'élève, retombe, se relève lourdement, ondule comme un essaim qui hésite avant de prendre son vol, et subitement s'évanouit en un silence total.

Barois gravit lentement les marches de l'estrade.

Il est un nain au centre du vaste hémicycle. On distingue mal ses traits; mais son entrée rapide, la fermeté de son salut, le long et calme regard qu'il promène sur ces milliers de têtes nues concentriquement alignées autour et au dessus de lui, révèlent l'assurance d'un homme qui a le vent en poupe.

Il s'assied sans quitter la salle des yeux.

BAROIS.—Mesdames, Messieurs...

Une brève angoisse; son cœur se crispe.

Mais le silence de ces visages immobiles, la confiance de ces innombrables regards qui convergent sur lui, desserrent l'étau. Il cède à une inspiration subite: il renonce au préambule préparé, laisse retomber ses notes, et se livre, en souriant, sur un ton de causerie affectueuse.