Barois entre dans son cabinet.
Un prêtre âgé, debout à contre-jour: l'abbé Joziers.
L'ABBÉ.—Je ne me suis pas fait nommer, je n'étais pas sûr d'être reçu... (Il rencontre le regard joyeux de Barois, et baisse la tête.) Bonjour, Jean.
Depuis plus de dix ans, aucune voix amie ne l'a appelé «Jean»... Ses yeux s'emplissent de larmes; il tend les mains. L'abbé les saisit.
Ils sont un instant l'un contre l'autre sans parler.
L'abbé Joziers: la soixantaine.
Le corps, maigre et long, est demeuré alerte. Mais le visage est d'un vieillard: les cheveux sont tout gris; la peau est jaune, fripée; aux coins des lèvres, deux entailles, par où les joues semblent s'être vidées de leur chair.
Barois, familièrement, avance un siège. L'abbé s'y assied avec réserve.
Barois aussi a changé: il a maigri; il porte ses cheveux emmêlés sur le front; le regard est plus pensif; la moustache noire, striée de blanc, masque maintenant la révolte de la bouche.
L'ABBÉ.—Je ne viens pas en ami, vous vous en doutez bien... Je viens, parce qu'on me l'a demandé, et qu'il n'y avait personne d'autre pour faire cette démarche...
Vous devinez sans doute pourquoi?