Barois secoue négativement la tête; sa bonne foi est évidente.

L'abbé était venu, indigné; et, devant ce regard loyal, il se sent incliné à plus d'indulgence: «C'est un irresponsable...» Mais il reprend son rôle; et l'affection ancienne redescend au fond de son cœur.

L'ABBÉ (agressif).—-Vous avez récemment fait une leçon publique, je ne sais à quelle occasion, sous ce titre: Documents psychologiques pour l'évolution contemporaine de la foi.

BAROIS (intrigué).—Oui.

L'ABBÉ.—Vous y êtes délibérément sorti du domaine des idées générales, pour donner des détails ... dont le caractère autobiographique est manifeste. Les fragments que j'ai lire, font allusion à des circonstances de votre jeunesse, de votre mariage ... qui y sont étalées ... avec une absence de ... respect...

BAROIS (sèchement).—Vous allez un peu loin. Les détails dont vous parlez sont anonymes et présentés sous une forme scientifique, qui écarte toute autre interprétation. J'ai étudié un grand nombre de cas psychologiques, dont une partie m'était fournie par des correspondants, médecins en province, et dont quelques autres, je le reconnais, m'étaient personnels...

L'ABBÉ (haussant le ton).—C'est où vous vous trompez, Jean. Ces détails n'appartiennent pas à vous seul. (Amèrement.) J'ai eu la douleur de perdre, à votre sujet, bien des illusions déjà. Mais je ne croyais pas qu'il me faudrait un jour vous rappeler à votre plus élémentaire dignité d'homme. Il y a des analyses intimes dont le secret est inviolable. On n'expose pas à la curiosité d'un public, quel qu'il soit, pour quelque motif que ce soit, les sentiments d'une femme, qui est et qui reste la vôtre, qui est la mère de votre enfant!

Barois reçoit le coup au visage, sans un geste de protestation.

Il devient pourpre.

Des souvenirs s'abattent sur lui, en rafale: au fond de sa conscience, un passé, qui n'était qu'enseveli, ressuscite.