L'ABBÉ.—Un journal franc-maçon de l'Oise a relevé dans vos paroles ce qui pouvait blesser Mme Barois, et...

Barois n'écoute pas. Il regarde l'abbé avec une expression concentrée, lointaine. Blesser sa femme?... Pas une seule fois, depuis leur séparation, l'idée ne lui est venue qu'elle pût encore être blessée par lui!

Il a besoin de se ressaisir. Il gagne sa table de travail, comme un refuge, et s'assied lourdement, les mains crispées sur les bras de son fauteuil, son fauteuil quotidien.

BAROIS.—Oui, je comprends maintenant... Mais c'est si involontaire!

Le regard de l'abbé est incrédule.

BAROIS (vivement).—Vous ne le croyez pas? Ah, rendez-vous compte: je vis ici, seul, depuis plus de dix ans; je ne vois personne; quelques amis, des collaborateurs... Je suis terriblement occupé... Je n'ai pas le temps de regarder en arrière; et puis, ce n'est pas dans ma nature... Je n'ai jamais aucune nouvelle de Buis: une fois par an, un clerc de notaire m'avertit que la pension a été versée: et c'est tout.

L'abbé le considère avec stupéfaction.

BAROIS.—Je vous étonne? c'est la pure vérité. Le passé est le passé, j'en suis sorti; il est loin, il est mort pour moi; je n'y pense jamais, jamais.

Quand j'ai préparé le cours en question, j'ai cherché avant tout des documents authentiques, exacts. J'en ai pris dans ma propre expérience, sans hésiter. Evidemment, ces souvenirs ne m'appartenaient pas entièrement... C'est vrai...

(S'interrogeant.) Je me suis peut-être conduit comme un goujat...