BAROIS (souriant).—Non, vous ne m'empêchez pas de travailler, ce n'est pas ça... Mais depuis que vous êtes là, je travaille moins, voilà tout... Je n'en ai plus le même désir...
Il la regarde. Elle semble éprouver un réel remords. Cependant, quelle importance pour elle, qu'il écrive ou non? Au contraire, elle devrait se réjouir d'interrompre la production maudite...
BAROIS (repris par la pensée du départ).—Je peux bien le dire. Vous avez mis dans ma vie quelque chose qui n'y était pas, dont je ne soupçonnais même pas le prix... Une présence, une affection... Je parle de l'affection que je ressens, moi... (Elle esquisse une rectification, et rougit.) Enfin, il n'y a pas à dire: l'idée que vous allez bientôt me quitter, m'est très dure, très dure...
MARIE (gentiment).—Je reviendrai...
Il la remercie d'un sourire âgé.
Un temps.
BAROIS.—Je me suis attaché à vous, Marie, et pourtant vous m'êtes une énigme, vous êtes indéchiffrable!
Elle fronce les sourcils: sur la défensive.
BAROIS (montrant du doigt le paroissien).—Je sens qu'il y a là un abîme entre nous: je le sens tous les matins, quand je vous vois revenir de la messe... Et, à d'autres moments, quand vous êtes ici, le soir, près de moi, recherchant dans le Semeur tout ce que j'ai écrit, lisant mes livres, demandant des explications, et les écoutant sans broncher comme si vous étiez curieuse de libre-pensée,—il me semble alors que vous n'êtes pas si loin!... Ah, c'est vrai, je ne vous comprends pas...
Marie est debout, le genou sur un fauteuil, les mains nouées sur sa jupe, le corps abandonné. Son regard seul est actif. Elle jette un coup d'œil aux Semeur qu'elle a rapportés, semble brusquement prendre un parti, et se laisse glisser dans le fauteuil.
MARIE.—J'ai voulu tout lire, d'abord...