MARIE (souriant à son rêve).—Le don de soi...

BAROIS.—Ah, qu'est-ce qu'il est, ce don de soi, au seuil d'une vie qui sera dure, comme toute vie humaine, si ce n'est le sacrifice des devoirs les plus élémentaires? Et ne vantez pas les mérites de la soumission! c'est un anesthésiant qui endort la douleur à mesure qu'elle la cause. Vous êtes jeune, ardente, intelligente, et vous aspirez au néant de la vie contemplative? Est-ce digne de vous?

MARIE.—Vous parlez comme tous les autres; vous ne pouvez pas deviner... (S'exaltant avec des réminiscences.) Je suis une privilégiée, cela crée des devoirs.. Toutes ne sont pas appelées; mais celles que Dieu choisit, doivent se donner sans restriction. Elles sont le rachat de tous ceux qui vivent en faisant à Dieu la plus petite part possible ... et de ceux qui ne lui en font pas du tout...

BAROIS (brusque).—C'est ma rançon que vous voulez payer?

MARIE.—Je ne vous demande pas de me comprendre, père...

Oui, ces vœux, ils acquittent un peu la dette de la famille, ils réparent un peu ... ce que vous avez pu faire par vos livres... (Tendrement.) Et qui sait si cette vocation n'a pas été voulue par Dieu, en échange d'une âme qui est belle, très belle, et qui, sans ça, serait damnée?

Son regard est devenu une surface plate et dure où le regard d'autrui, où l'interrogation et le doute d'autrui, ne pénètrent plus.

Barois pense:

—«Quelle religion, celle qui peut amener des cerveaux humains à un tel écart de la réalité, et les y faire tenir!

«Ça ne repose sur rien... Le plus humble bon sens en aurait raison, si les esprits ne se trouvaient pas d'avance préparés par des siècles de servitude sereine...