LE DOCTEUR (posant sa main sur celle de sa mère, et, par habitude, glissant les doigts jusqu'au pouls).—Vous aussi, Maman, ce voyage vous a épuisée.

Mme Barois secoue la tête.

MADAME BAROIS (bas).—Je sens que tu m'en veux, Philippe, d'avoir emmené Jean là-bas.

Il ne répond pas.
Le Docteur Barois: cinquante-six ans. Petit, alerte; gestes vifs et précis.

Le poil déjà gris. Un visage fin et comme aiguisé: l'arête du nez est coupante, la moustache darde deux bouts cirés, la barbe pointe; un demi-sourire, malicieux et bon, amincit les lèvres; l'œil mobile et perçant luit à feux brefs à travers le lorgnon.

MADAME BAROIS (après une pause).—Pourtant, ici, tous me l'ont conseillé... Et Jean, qui me tourmentait pour que je l'inscrive! Il avait le pressentiment, ce petit, qu'il reviendrait débarrassé de son mal. Pendant tout le voyage, il s'est fait répéter l'histoire de Bernadette...

Le docteur retire son lorgnon: regard myope, plein de tendresse. Mme Barois se tait. Leurs pensées se reconnaissent et se heurtent: tout un passé entre eux.

MADAME BAROIS (les yeux au ciel).—Oui, tu ne peux plus comprendre... Nous ne pouvons plus nous comprendre, toi et moi, mon fils et moi! Et voilà ce qu'ils ont fait de toi, à Paris, de l'enfant que tu étais...

LE DOCTEUR.—Ma pauvre Maman, ne discutons pas... Je ne vous reproche rien. Rien, sinon de m'avoir averti lorsqu'il était trop tard pour que je dise non. Jean n'était pas capable de supporter un pareil voyage, dans un train omnibus, en troisième...

MADAME BAROIS.—Est-ce que tu ne t'exagères pas son état, mon enfant? Tu l'as retrouvé ce soir, avec de la fièvre, avec du délire... Mais tu ne l'as pas vu tout cet hiver...