GRENNEVILLE.—La morale catholique.

Barois ne sourit plus; il les regarde posément.

BAROIS.—Car vous êtes tous deux catholiques? Catholiques pratiquants?

GRENNEVILLE.—Oui.

BAROIS.—Ah...

Une pause.

BAROIS (avec une angoisse soudaine).—Répondez-moi loyalement, messieurs; est-ce que vraiment, aujourd'hui, la grande majorité des jeunes gens est catholique?

GRENNEVILLE (brève hésitation).—Je ne sais pas; je sais seulement que nous sommes très nombreux. Parmi les plus jeunes, parmi ceux qui sortent du collège, je crois qu'il y a une majorité incontestable de pratiquants. Parmi nous, leurs aînés de quatre ou cinq ans, je crois pouvoir affirmer qu'il y a approximativement autant de croyants que d'incrédules; mais ceux qui n'ont pas la foi le regrettent pour la plupart, et agissent en toutes circonstances comme s'ils l'avaient.

BAROIS.—Je vous avoue que cette restriction enlève, selon moi, à cette moitié d'entre vous, toute autorité pour une propagande catholique!

TILLET.—C'est parce que vous ne comprenez pas leur sentiment. S'ils défendent une foi qu'ils ne partagent pas,—mais qu'ils voudraient pouvoir partager,—c'est qu'ils ont reconnu ses vertus actives. Ils ont eux-mêmes expérimenté ces vertus; ils éprouvent une recrudescence d'activité à être enrôlés parmi les défenseurs de la religion. Et, tout naturellement, ils contribuent, par leur effort raisonné, à l'épanouissement d'un ensemble moral qu'ils savent le meilleur possible.