BAROIS.—Je ne le croyais pas.

TILLET (vivement).—Malgré de sérieuses divergences d'opinion, malgré le développement incontestable du parti monarchique, la majorité de la jeunesse reste ardemment démocrate.

BAROIS.—Tant mieux...

GRENNEVILLE.—C'est d'ailleurs le sentiment intime de la nation.

BAROIS.—Je m'étonne que vous n'estimiez pas le gouvernement républicain incompatible avec vos principes de hiérarchie et d'autorité.

GRENNEVILLE.—Pourquoi donc? Il s'agirait seulement de l'améliorer.

TILLET.—Il s'agirait de réformer le régime parlementaire pour épurer les habitudes politiques; et de dévier le principe de la souveraineté nationale, qui ne correspond en fait à rien de précis, vers la souveraineté des syndicats professionnels ou autres groupements constitués. Cela reviendrait au même, du reste, avec l'ordre et la mesure en plus.

BAROIS (souriant).—C'est encore sur ces points-là, voyez-vous, que nous pourrions nous entendre le mieux. Je souhaite que la jeune couvée parvienne à réglementer notre régime, et à faire passer les préoccupations sociales avant les agitations des partis politiques...

GRENNEVILLE (avec assurance).—Ce but, nous l'atteindrons tout naturellement, lorsque nous aurons davantage accrédité dans le pays notre morale traditionnelle.

BAROIS (souriant toujours).—Et qu'est-ce que vous appelez «notre morale traditionnelle?»