GRENNEVILLE (respectueux et froid).—Vous revendiquez bien haut ce court moment, où certains d'entre vous ont consenti—et pour quelle cause!—à descendre dans l'arène. Remarquez justement combien cette crise a été brève, et vite suivie de découragements célèbres...
Barois ne répond pas.
GRENNEVILLE (avec douceur).—Non, Monsieur, cette génération-là n'était pas taillée pour la lutte: elle n'était pas susceptible de durée.
TILLET.—La preuve, c'est que son activité, pendant ces heures troubles de l'Affaire, s'épanchait au hasard. A tel point qu'aujourd'hui l'Affaire Dreyfus paraît, à ceux qui n'y étaient pas, une mêlée d'énergumènes sans doctrines et sans chefs, se lançant au visage des mots à majuscules!
GRENNEVILLE (sans lâcher prise).—Et voyez les résultats! Qu'est devenu notre régime parlementaire? Vous avez reconnu vous-même, dans Le Semeur, la faillite de vos espérances, et que les réalisations de vos amis avaient trahi vos intentions!
Barois ébauche un geste vague.
Que leur dirait-il? Ils se servent d'armes qu'il a lui-même forgées. D'ailleurs, empêcherait-il ces esprits simplistes de juger l'arbre à ses seuls fruits?
TILLET (concluant).—Les mœurs de la politique actuelle, voilà où nous ont conduits ceux qui, depuis tant d'années, méconnaissent notre génie national. Il est grand temps de nous soumettre à une discipline. Il nous faut une république, où les droits et les devoirs soient différemment répartis.
BAROIS (surpris).—Seriez-vous républicains?
TILLET.—Certes!