TILLET.—De l'intellectualisme, tout au plus...

BAROIS.—Tant pis pour vous, si vous ne connaissez plus l'ivresse de la raison et de la pensée pure...

TILLET.—C'est consciemment que nous ayons substitué le goût du devoir présent à ces méditations fumeuses qui n'aboutissaient qu'à faire des sceptiques et des pessimistes.

Nous avons une superbe confiance en nous.

BAROIS.—Je le vois bien. Nous aussi, nous avions confiance!

TILLET.—Ce n'était pas une confiance de même nature, puisque la vôtre ne vous a pas empêchés de sombrer dans le doute...

BAROIS.—Mais le doute n'est pas uniquement cette position négative que vous croyez! Allez-vous nous faire un grief de ne pas avoir trouvé la clef de l'énigme universelle? Les recherches de ces cinquante dernières années ont établi que la plupart des affirmations dogmatiques qui passaient pour exprimer la vérité, ne la renfermaient pas. Et c'est déjà quelque chose, à défaut de posséder la vérité, que d'avoir bien repéré les endroits où elle n'est pis!

GRENNEVILLE.—Vous vous êtes heurté à l'inconnaissable, et vous n'avez pas su lui faire dans votre vie sa véritable place, en y découvrant un principe de force. Vous étiez parti de cette conviction a priori, que l'incrédulité était supérieure à la foi, et vous...

BAROIS.—Ainsi vous êtes assez peu conscients pour parler de convictions a priori! Vous qui êtes les dupes de la première théorie toute faite que l'on vous a proposée! Vous me faites penser au bernard-l'ermite, qui s'installe dans la première coquille inhabitée qu'il rencontre... C'est comme lui, que vous êtes entrés dans le catholicisme! Et vous vous y êtes moulés, au point de vous imaginer maintenant,—et de faire croire—que cette enveloppe vous est naturelle!

GRENNEVILLE (souriant).—C'est un procédé qui peut avoir de grands avantages... Il suffit pour le justifier qu'il nous vaille un accroissement de courage.