MARIE.—Je suis bien heureuse de vous rencontrer, docteur. Je voudrais tant être renseignée sur la santé de mon père! (Poussant la porte d'un bureau vide.) Puis-je vous retenir un instant?
LE MÉDECIN (la suivant).—Mais, Mademoiselle, il me semble que vous vous inquiétez à tort. Notre malade va ce soir aussi bien que possible. Dans quelques jours...
Marie l'arrête et le regarde franchement, de ses yeux masculins.
MARIE.—Vous pouvez me dire la vérité, docteur. Je me trouve dans des circonstances spéciales: je suis à la veille d'entrer au couvent, en Belgique. Dans quelques mois, j'aurai vu mon père pour la dernière fois... (Se dominant.) Je vous donne ces détails pour que vous compreniez... Ce n'est pas la crise actuelle qui me préoccupe. Je sens que mon père a quelque chose de grave, de très grave: il a tant changé depuis deux ans!
LE MÉDECIN.—Mon Dieu, Mademoiselle, c'est certain... M. Barois est atteint dans son état général... (Il se reprend aussitôt.) Mais c'est un mal qui ne l'empêchera pas de vivre longtemps encore, avec des précautions, une bonne hygiène... A l'âge de M. Barois, il faut bien s'attendre à quelques misères...
MARIE (pressante, le masque dur).—Il ne peut pas guérir, n'est-ce pas!
Le médecin hésite, mais un coup d'œil le décide à la franchise; il secoue négativement la tête.
Court silence.
LE MÉDECIN.—Je vous le répète. Mademoiselle, c'est un mal à très longue échéance... L'excès de travail, la parole en public surtout, ont attaqué peu à peu le cœur. D'autre part, votre père a présenté, étant enfant, des signes de ... d'anémie. Il a été traité énergiquement, et on était parvenu à enrayer le mal, puisqu'il ne s'en est pas ressenti pendant plus de quarante ans! Malheureusement il a eu cette pleurésie, que nous avons soignée ensemble, voici...
MARIE.—Deux ans.