L'ABBÉ.—Oh, je sais que vous vivez très seul. Mais je me serais fait un titre, pour enfreindre la consigne, d'avoir été pendant douze ans,—je ne dis pas un de vos abonnés (il montre sa soutane)—mais l'un de vos lecteurs...
JEAN (stupéfait).—Vous suiviez le Semeur?
L'ABBÉ.—Régulièrement. (Baissant les yeux.) J'y ai même collaboré, si l'on peut dire, par des lettres non signées, que vous avez publiées à plusieurs reprises...
JEAN (redescendant deux marches).—Vraiment? Ah, je ne me doutais guère...
Mais je vous tiens debout sous ce soleil... Voulez-vous entrer un instant? Mme Barois ne tardera pas.
Il guide l'abbé jusqu'à l'ancien salon, son cabinet, qu'il a meublé avec les épaves de sa vie active: ses bibliothèques, son bureau, et, sur la cheminée, seul et nu, le douloureux Esclave enchaîné de Michel-Ange, immuablement arrêté dans son effort.
L'abbé Lévys: long, maigre.
Masque régulier, zébré de tics nerveux. Une peau jaune, bossuée. Un regard tantôt distrait, tantôt fixe. Des lèvres mobiles, dont le sourire est une grimace triste.
JEAN (intrigué).—Je suis si surpris que nous ayions eu un prêtre parmi nos correspondants!... Dans quel esprit lisiez-vous donc notre Semeur?
L'ABBÉ.—En y faisant, le plus souvent, de graves restrictions; mais toujours avec intérêt, et souvent avec sympathie...
Jean fait un geste d'étonnement.