JEAN (Le front baissé).—Voyez-vous, on est trop sévère pour les ratés... Leur effort n'aboutit pas directement, c'est vrai; mais il n'est pas perdu pour ça... Hein?... Aucun effort n'est perdu...
L'ABBÉ (étonné).—Je ne pense pas que vous fassiez allusion à une expérience personnelle?
Jean le remercie d'un sourire.
L'abbé regarde curieusement ce Barois qu'il ne soupçonnait pas.
JEAN (après quelques minutes de réflexion, repris par une hantise familière).—J'ai trop longtemps cru que la science, à elle seule, pourrait établir, entre les hommes, la paix, l'unité... Eh bien, non.
L'ABBÉ (prudemment).—Pourtant... si vous ne vous placez qu'à ce point de vue du rapprochement des peuples, la science, en moins de cent ans, a fait à peu près autant que le bouddhisme—et même que le christianisme—en vingt siècles!
JEAN.—Peuh... Voyez les résultats pratiques: qu'est-ce que le peuple y a gagné? Un matérialisme au ras du sol, qui est vraiment sans beauté... Qui, surtout, est stérile...
L'abbé hésite. Ce n'est pas lui pourtant qui doit plaider pour la science...
JEAN (distrait).—... Ce qui semblerait prouver, au fond, que l'homme ne vit pas seulement de travail, de vérité. Il lui faut son dimanche: peu importe la formule...
L'ABBÉ. (Passion soudaine).—Oui, peu importent les formules, puisqu'aucune n'est encore assez vaste pour contenir tout le Parfait, l'Infini. Dieu... Ce ne sont en somme que des façons différentes de nommer une attraction, qui est la même pour tous!