JEAN.—Vous le connaissez?

L'ABBÉ.—J'ai lu son livre.

Jean sourit, enchanté.

JEAN.—Ah, voilà un beau caractère! Trente ans, qu'il cherche l'origine de la vie... Trente ans, sans une défaillance...

L'ABBÉ (coup d'œil circulaire).—Mais ... vous travaillez toujours?

JEAN (haussant les épaules).—Non. Je m'occupe. En ce moment, je traduis,—pour moi—le journal d'un mystique anglais...

(Sourire pénible.) J'ai mis quelque temps à m'habituer à cette existence de mollusque... Mais ma santé ne me permet plus autre chose. Je vivote, en prenant des précautions, l'hiver au coin du feu, l'été au soleil... (L'éclat des yeux contraste avec la résignation des paroles.) Que voulez-vous, Monsieur l'abbé, c'est la vie...

Il soulève quelques numéros du Semeur et les laisse tomber un à un sur la table.

JEAN.—Ah, les jeunes ont vite fait de vous désarçonner!

Une pause.