«Il a changé la conversation. Nous n'avons abordé aucun sujet précis.

«Comme j'allais me retirer, après un silence, il m'a regardé:»—Je suis un mystique, au fond... Et pourtant je ne crois à rien...»

«Je lui ai répondu:—«Vous ne croyez à rien? On croit toujours à quelque chose. Chacun, au fond de soi, a son Dieu caché auquel il retourne pieusement, auquel il se sacrifie tous les jours.»

«Mais il a secoué la tête, d'un air sombre:»—Non, je vous dis que je ne crois à rien... J'erre dans le noir, je voudrais...» Il a baissé la voix, mais je crois avoir entendu: «... la paix ... pour mourir.»


«25 janvier.

«J'ai pu revenir sur le même sujet. Nous discutions encore une fois les preuves de l'existence de Dieu.

«Il m'a dit:—«Vos preuves ne prouvent rien, sinon que vous, Lévys, vous croyez en Dieu. Et elles ne prouvent absolument rien d'autre. Si ces preuves avaient quelque valeur, croyez-vous qu'il y aurait des athées?»

«J'ai répliqué:—«Mais il n'y a pas de véritables athées! Vous-même, vous n'avez jamais cessé d'être un croyant! Votre confiance dans le progrès, dans l'avenir de la science, votre croyance même au triomphe de l'athéisme, qu'était-ce, sinon un principe de foi?

«Vous croyez qu'il y a un but dans la nature, vous croyez à l'ordre éternel des lois; cet ordre-là, il a produit la conscience humaine, la vôtre; et par là, il a introduit dans l'univers l'idée de justice: cet ordre-là, c'est Dieu!»