«D'ailleurs il lit peu, et de moins en moins. Je le trouve généralement seul, dans un fauteuil de son cabinet, les pieds au feu, et sur les genoux, un journal qu'il n'a pas déplié.


«3 juin.

«Jusqu'ici je lui développais surtout les raisons sentimentales de croire le besoin de consolation; la nécessité d'une justice finale, d'un dédommagement; le désir d'une direction dans la vie.

«Il est particulièrement sensible à la beauté de la vie chrétienne; je lui en multiplie les exemples. Il me considère alors, de ses yeux vitreux, avec une expression d'envie. L'autre jour il m'a dit:—«Cette beauté, à elle seule, suffirait à justifier la foi,—si le fruit suffisait à justifier l'arbre... Et peut-être est-ce défendable, après tout?...»

«Aujourd'hui, l'entretien a été particulièrement animé. Il se sentait réconforté par ces premiers beaux jours, qui lui permettent de sortir. Nous avons fait une promenade, au soleil, en causant. Il m'a demandé de préciser certains dogmes. Il a paru très frappé d'apprendre que la théologie comprend des éléments divers, dont la valeur est fort inégale; qu'il ne faut pas confondre les dogmes essentiels de la foi, relativement peu nombreux, avec les doctrines communément reçues; et, qu'à tout prendre, il y a beaucoup de questions, comme l'efficacité des indulgences par exemple, sur lesquelles les catholiques sont libres d'avoir des opinions très différentes. Je lui ai même dit combien les dogmes du purgatoire et de l'enfer sont moins explicites qu'on ne le croit généralement, et combien il reste de marge aux croyants les plus orthodoxes, pour l'interprétation de ces dogmes.

«J'ai peut-être insensiblement forcé la note, tant j'ai senti que mes paroles le rassérénaient. D'ailleurs je ne pense pas être sorti des limites que l'apologétique moderne s'est fixée...


«28 juin.

«Je rentre, le cœur serré. Il m'a inspiré aujourd'hui une pitié indicible.