Alors je me suis adressé à Dieu, de toutes mes forces: mais je sentais qu'il ne m'écoutait pas... J'ai voulu être seul. Ma femme ne voulait pas me quitter; je l'ai suppliée de s'éloigner. J'ai encore essayé de prier, sans pouvoir... Enfin les douleurs se sont calmées, j'ai éprouvé un soulagement sensible. Mais j'étais faible, faible... Je me sentais inerte, et si peu de chose, un souffle ... j'étais certain que j'allais mourir...

Ah, l'atroce nuit! J'avais la tête en feu et le cœur tout refroidi, tout resserré, comme si l'ombre l'écrasait... Mon cerveau travaillait, à vide... J'étais pris entre deux courants contradictoires: je cherchais à prier, je faisais des efforts désespérés pour appeler l'attention de Dieu; et, à chaque élan, une voix, en moi, me disait: «Non, non, non... Personne ne te répondra!... Personne... Tu vois bien qu'il n'y a personne...»

Il parle lentement, sans amertume, sa main dans celle du prêtre, son regard ne quittant pas le ciel matinal.

J'étais si faible, j'ai perdu conscience, j'ai dormi sans doute. Mais, tout en dormant, je ne cessais pas de sentir une lutte au-dessus de moi, et j'avais la certitude obscure que la volonté de Dieu finirait par triompher.

Et puis, il m'a semblé qu'on parlait, et j'ai ouvert les yeux. J'ai même cru entendre si distinctement mon nom, que j'ai dit: «Quoi?» pensant que c'était ma femme... Mais j'étais seul.

J'avais dormi longtemps. Il faisait petit jour. J'entendais la respiration du domestique, dans le cabinet... Moi qui ai maintenant le sommeil si lourd et le réveil si lent, je me suis trouvé tout de suite lucide, extraordinairement lucide, et comme allégé d'une façon miraculeuse.

Alors j'ai fait un nouvel effort pour prier.

La voix qui disait: «Non, non...» s'était tue. A la place de mon impuissance, de cet affreux sentiment du néant, j'avais une espèce de certitude imprécise, une confiance... Je percevais sur moi comme un secours, comme une affection...

(Sourire radieux.) Je ne sais pas comment expliquer... L'impression de sortir de léthargie après plusieurs années de sommeil... L'impression de sortir d'un tunnel, de trouver la lumière, de commencer vraiment une nouvelle vie!... Un immense bonheur intérieur... La paix surtout, la paix ... le calme...

Je sens que je n'ai plus à chercher, que ma volonté est comme fondue, que je vais obéir avec délices, que tout est clair, que tout est pur...