Un sourire d'orgueil. Il tend sa main à l'abbé.

LUCE.—Au revoir, monsieur l'Abbé... Sans rancune...

Et pourtant vous venez de me faire mal... J'avais presqu'oublié que je suis condamné, et vous venez de m'en faire souvenir,—durement...

Geste de l'abbé.

LUCE (souriant toujours).—Je sais que dans deux, trois, quatre mois, tout au plus, il faudra que je subisse une opération, qui est sans espoir... Et si je suis venu voir Barois, c'est parce que je me sais encore plus sûrement perdu que lui-même...

L'ABBÉ (bouleversé).—Vous vous exagérez, peut-être...

LUCE (cessant de sourire).—Oh, ce n'est pas que je regarde la mort sans épouvante... Non... Mais je la regarde! (Il frissonne.) J'en ai peur, autant qu'un autre, parce que ma chair est lâche: mais c'est une peur physique.

Moralement, allez, je reste bien d'aplomb!

Il traverse le trottoir, d'un pas ferme.

L'abbé le suit des yeux jusqu'à ce qu'il ait disparu.