L'ABBÉ (sourire cruel).—Oui, pour le moment! Oui, vous vous portez assez bien pour «accepter» la mort!

Mais je vous le dis, monsieur Luce, le jour où vous sentirez qu'elle approche, qu'elle est là, ah! vous verrez quel piètre appui vous trouverez dans vos négations stériles!

La place de la gare, que sillonne un va-et-vient de piétons et de véhicules.
Luce s'arrête. Une ombre s'est creusée sous ses yeux gris.

LUCE (voix lourde).—A mon âge,—autant dire au seuil de la mort—on est sincère, n'est-ce pas? Ce n'est pas l'heure où l'on a envie de faire des phrases...

Eh bien, je vous affirme que j'envisage la mort avec toute la sérénité dont l'homme est capable,—avec la même sérénité que vous!

L'abbé détourne la tête.

LUCE.—Qu'est-ce qui vous adoucira le moment fatal? c'est la paix d'une conscience tranquille... Cette sérénité-là, je puis l'avoir au même titre que vous...

L'ABBÉ (ton âpre, sans regarder Luce).—Mais ce que vous n'aurez pas, vous, c'est un prêtre, un envoyé de Dieu, pour venir se pencher sur votre agonie, et, d'un seul geste d'absolution, effacer jusqu'au souvenir de ce que vous aurez fait de pire!...

LUCE (doucement).—Je n'en ai pas besoin.

Il est devenu blême, tout à coup.