«Puis, la veille du jour où il est mort, les souffrances ont diminué.
«Ses petits enfants, les aînés, sont entrés un instant dans sa chambre. Il ne parlait déjà presque plus. Il les a vus venir, il leur a dit:—Allez-vous-en, mes petits, adieu, il ne faut pas que vous voyiez ça...»
Vers six heures, on allumait les lampes, il a regardé autour de lui comme pour s'assurer que tous ses enfants étaient réunis. Il avait un regard extraordinaire. Il semblait pouvoir dire la vérité sur tout. Il semblait que s'il avait pu s'expliquer encore, il eut dit, sur lui, sur sa vie, sur la vie de tous les hommes, la parole décisive, libératrice... Mais il s'est soulevé sur un coude, et il a seulement dit, d'une voix étouffée, comme s'il s'éveillait:
—«Ah, c'est la mort, cette fois...»
«Ses filles n'ont pu retenir leur douleur. Elles étaient à genoux autour de son lit. Alors il a posé ses mains sur toutes ces têtes, et il a murmuré, pour lui seul:
—«Qu'ils sont beaux, mes enfants!»
«Puis il s'est renversé sur l'oreiller.
«C'était le soir. Il est mort, au matin, sans avoir rouvert les yeux.
«Voilà ce que je voulais vous écrire, mon cher Barois, parce que je sais que cette mort peut vous faire du bien, comme à moi. Elle nous console de toutes les choses mauvaises que nous avons rencontrées sur notre chemin.
«J'ai la certitude après avoir vu mourir Luce, que je n'ai pas eu tort, d'avoir foi en la raison humaine.
«Pour moi, j'ai de si faibles yeux maintenant, que je ne travaille plus guère au laboratoire. J'écris: je récapitule mes recherches sur l'origine de la vie. Elles n'ont pas atteint leur but, mais je lègue à ceux qui me suivent, les résultats que j'ai acquis. Le temps est un facteur essentiel du progrès; il est vraisemblable qu'un jour un autre trouvera ce que j'ai cherché; et c'est une pensée très apaisante.
«Votre dévoué,