Le malade est assis, soulevé sur ses oreillers. Le jour des fenêtres tombe à plein, écrase la figure, fait luire le blanc de l'œil. Le front se penche, les cheveux sont en désordre; la barbe est longue, les joues creuses. Le regard, sans lorgnon, clignotant et décentré, est pensif, exalté et puéril.

Cécile et Jean se sont approchés du lit.

Ce matin leur amour ne les tourmente plus; il fait partie d'eux-mêmes; il est absolu, définitif. Une certitude les possède, d'aimer l'un et l'autre pour la première et pour la dernière fois.

Depuis hier, dans l'état du malade, un inexplicable et indiscutable changement: un calme surprenant, une détente. Indice de mieux qui les épouvante!

Le regard lointain qu'ils examinent en silence, passe sur eux et s'arrête; mais ils ne se sentent pas atteints par lui; il les traverse, les dépasse, tendu au-delà, au-delà...

Puis un sourire affectueux, mais forcé, empreint d'un irrésistible éloignement.

LE DOCTEUR (d'une voix sans timbre et pourtant nette).—Vous voilà tous les deux là... C'est bien... C'est bien... Donnez-moi vos mains.

Son sourire se fige, conventionnel. Il semble tenir un rôle et s'en rendre compte, et se hâter pour en avoir fini.

Il joue avec les deux mains qu'il a rassemblées entre les siennes.

Mme Pasquelin s'est arrêtée au pied du lit, les traits altérés.