«Berne (Suisse)

«Cher ami

«Vous comparez mon affranchissement au geste d'un gamin révolté contre une férule gênante... S'il est vrai que, depuis mon mariage, j'ai souvent eu à souffrir d'un contact plus direct et plus fréquent avec les exigences orthodoxes, croyez bien que je n'ai pas obéi à un sentiment aussi personnel, lorsque j'ai été conduit à rejeter définitivement ce qui me restait de catholicisme.

«Vous vous leurrez, en voulant interpréter au mieux de vos convenances individuelles, une religion, qui s'est nettement formulée elle-même, et qui, sans aucune ambiguité possible, rejette et condamne d'avance toute interprétation comme la vôtre. Car l'Église, avec une intransigeance préventive dont il faut bien reconnaître la logique, a pris soin d'expulser de cette communauté où vous revendiquez une place, les demi-croyants que nous étions—et que vous êtes encore...

«L'assurance de votre lettre m'autorise à vous rappeler certains paragraphes de la constitution «Dei filius» du Concile du Vatican de 1870, qui me paraissent particulièrement significatifs et que je viens de recopier à votre intention:

«Si quelqu'un ne reçoit pas dans leur intégrité, avec toutes leurs parties, comme sacrées et canoniques, les Livres de l'Écriture, comme le Saint Concile de Trente les a énumérées, ou nie qu'ils soient divinement inspirés: qu'il soit anathème!

«Si quelqu'un dit qu'il ne peut y avoir de miracles, et par conséquent, que tous les récits de miracles, même ceux que contient l'Écriture sacrée, doivent être relégués parmi les fables ou les mythes; ou que les miracles ne peuvent jamais être connus avec certitude, et que l'origine de la religion chrétienne n'est pas valablement prouvée par eux: qu'il soit anathème!

Si quelqu'un dit qu'il peut se faire qu'on doive quelquefois, selon le progrès de la science, attribuer aux dogmes proposés par l'Église un autre sens que celui qu'a entendu et qu'entend l'Église: qu'il soit anathème!

Enfin ceci, d'une limpidité cristalline:

«Car la doctrine de la foi que Dieu a révélée n'a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements de l'esprit humain, mais a été transmise comme un dépôt divin à l'Épouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la Sainte Mère Église a déterminés une fois pour toutes, et ne jamais s'en écarter sous prétexte et au nom d'un intelligence supérieure à ces dogmes.