LE DOCTEUR.—La langue... Bon... As-tu bien dormi, cette semaine? Pas trop? Tu t'agites toujours dans ton lit? Tu te réveilles parce que tu as trop chaud? Ah... (Une tape sur la joue.) Déshabille-toi que je t'ausculte.

Jean: un gamin de douze ans, pâlot.

Des traits fins, sans caractère. Le regard est plus personnel: caressant, réfléchi, sans gaieté.

Un torse malingre; des traînées mauves, sur la peau mince, soulignent les côtes.

LE DOCTEUR.—Voyons, maintenant... Appuie-toi, le dos au mur, comme l'autre jour; les bras pendants... Lève le menton, ouvre la bouche... C'est ça... (Il retire son lorgnon.) Respire profondément, régulièrement... Recommence...

Il écoute, le masque douloureux, l'œil clignotant, isolé du monde par sa myopie et son attention crispée.

L'angoisse du père. L'insouciance de l'enfant qui bâille et regarde le ciel.
Longue auscultation.

LE DOCTEUR (simplement).—C'est bien, mon petit, tu peux te rhabiller... (Sourire très tendre.) Maintenant, voici ce que je te propose: nous allons descendre au jardin, tous les deux, et causer tranquillement, au soleil, en attendant que ta grand'mère soit revenue de la messe. Quoi?

JEAN.—Grand'mère ne doit pas être partie... (Timide.) C'est la Pentecôte, papa... J'aurais voulu...

LE DOCTEUR (doucement).—Non, mon petit, ce ne serait pas prudent. Il fait chaud en marchant, et l'église doit être très fraîche.