Et Jean, levant les yeux au bruit de la porte, aperçoit un pauvre visage ravagé de douleur, plombé, maigri, labouré de larmes.

Tout ressentiment s'évanouit: une compassion soudaine, comme devant la faute d'un enfant entièrement irresponsable: une immense pitié, jaillie du plus profond de sa tendresse instinctive ... presqu'une résurrection, mais si triste, si décolorée, de l'amour d'autrefois,—qui est mort.

Sans aucun cabotinage, elle s'assied à sa place, livide.
Le repas.

Elle s'efforce de toucher aux plats. De longs silences. Devant la femme de chambre, quelques mots rapides sur sa migraine.

Jean l'examine à la dérobée: la courbe nette et têtue du front baissé; les paupières bouffies, sèches et rouges; les lèvres enflées, la bouche béante, vraiment déformée par la douleur...

Il pense avec angoisse:—«Comme je la torture!... A tort ou à raison, peu importe!. Elle souffre par moi, et c'est abominable! Ah, à quoi bon vouloir qu'elle comprenne? Je n'arriverai jamais qu'à lui faire mal. Plutôt céder que de la martyriser odieusement, pour rien!

«En somme que demande-t-elle? guère plus que ce que j'ai fait souvent, cet été, en l'accompagnant le dimanche à la messe... Tant pis pour elle, si elle ne voit pas la sottise, la laideur de cette démarche forcée...

«Allons, je ne m'obstine pas...»

Et tout de suite, par cette seule résolution intérieure, une détente, un allègement joyeux. Il goûte une jouissance voluptueuse à s'évader de son égoïsme, à être le meilleur des deux, celui qui comprend, qui pardonne, qui cède.

Il la regarde avec douceur. Elle mange docilement, sans lever les yeux.