L'ABBÉ.—L'impasse?... Mais vous vous aimez pourtant?

JEAN (sombre).—Je n'en sais rien.

Le chemin de traverse se rétrécit. L'abbé passe devant, sans répondre. Devant le calvaire, il se signe.

Ils traversent le cimetière en biais, par des sentiers mangés d'herbe.

Une porte basse ouvre en pleine campagne. La grand'route; sur l'un des accotements, des poteaux télégraphiques à perte de vue, divisent en mesures les portées des fils. Un soleil splendide et jeune, baigne les prés, les chaumes, les labours assombris par la pluie. Des pâturages, coupés de raies d'argent, dévalent jusqu'à l'Oise, dont les rives sont encore inondées: l'eau, abritée du vent, reflète un ciel immobile, d'un gris fin; les saules immergés jusqu'au menton, lèvent leurs grosses têtes noires ébouriffées.

L'abbé s'approche de Jean, qui s'est arrêté devant le paysage. Leurs regards se croisent: celui de l'abbé est préoccupé et plein de reproche.

JEAN.—Je sais bien que je suis fautif. J'ai voulu réaliser, à vingt-deux ans, un rêve stupide, fait à seize... Ça ne pouvait rien apporter de bon.

L'ABBÉ.—Au contraire, cette amitié d'enfance...

JEAN (l'interrompant avec amertume).—Permettez, permettez... Je connais bien la question, je vous assure: j'ai eu le loisir de l'approfondir!

L'abbé se tait et reprend silencieusement la marche. Cette assurance d'homme le déconcerte.