L'ABBÉ.—Elle vous aimait, et elle vous aime encore! J'en ai eu la preuve tout à l'heure, dans son sourire, dans son regard...
JEAN.—Ça, non.—Vous avez surpris, entre nous, un peu d'entrain factice... (Avec lassitude.) Un armistice, tacitement conclu pour notre retour ici, rien de plus.
L'ABBÉ.—Elle vous a aimé, Jean, je le sais bien!
JEAN.—Oui, oui... (Haussant les épaules.) A sa façon... Petite flamme permise, qu'elle a patiemment attisée pendant des années, dans la solitude, avec la permission de sa mère et de son confesseur... Petit amour bien poétique, bien «mois de Marie»...
L'ABBÉ.—Jean!
JEAN.—Laissez, je vous parle franchement. Cet amour-là, je ne le nie pas; mais il n'était pas capable de faire un miracle: et il en faudrait un, je vous assure, pour que nos deux pensées s'accordent, pour que nos deux vies viennent à n'en faire qu'une seule!
L'ABBÉ.—Mais elle était si jeune!
JEAN (avec un rire nerveux).—Ah c'est vrai: «Elle était si jeune!» (Il fait quelques pas et se retourne fébrilement.) Je le croyais! Je pensais: «Tout ce qui me déplait en elle, est provisoire...» Quelle erreur!... Cécile avait, en effet, le cœur et le cerveau d'une gamine de seize ans, qui veut juger la vie, et dont toute l'expérience, tous les points d'appui, sont ce peu de chose qu'elle a pu glaner, le dimanche, au catéchisme de persévérance...
L'ABBÉ.—Jean!
JEAN (avec une animation hostile).—Mais ce que je ne prévoyais pas, c'est que cet état embryonnaire était pour elle le point terminus, et qu'elle avait atteint son point mort!