L'abbé accélère l'allure, comme s'il cherchait à être seul.
L'un derrière l'autre, ils atteignent le haut du plateau. Un vent léger, venu de loin, les accueille. Sur le bord de la route, les fils télégraphiques tendus dans la brise, chantent.
Les maisons du hameau sont éparpillées à travers champs. L'église est à cent mètres, gardée par les sapins pointus du presbytère.
Jean laisse l'abbé prendre de l'avance, et s'assied sur un tas de cailloux.
Son dos chauffe au soleil. Le vent lui souffle sa fraîcheur au visage. A ses pieds, de petites feuilles sèches roulent, avec un froissement de soie.
Devant lui, la plaine.
Les ombres s'allongent, obliques. A travers les houppes défeuillées des ormes, à travers les peupliers en rideaux, brillent des façades blanches, des toits bleus. Presque personne. Une charrette avance sur un chemin qu'il ne voit pas, et les roues grincent dans la boue des ornières. Au loin, un cheval gris et un cheval roux traînent la charrue sur les courbes molles d'un vallonnement, et soulèvent sans bruit des flocons d'ouate brune. Une flaque attardée luit entre des troncs. Les nids désertés font des nœuds dans l'écheveau des branches. Les laboureurs ont atteint le bout de leur champ: avec des gestes lents, ils virent et repartent; ils montent vers Jean, et le cheval gris, dissimulant tout l'attelage, semble venir seul.
Le vent s'est tu. Les cahots de la charrette ont cessé. Les feuilles mortes reposent.
Du silence.
L'abbé revient, le front incliné.
Jean se lève et va vers lui. Le prêtre lui tend les mains; ses yeux sont pleins de larmes.
Ils redescendent la côte, sans mot dire. L'abbé marche droit devant lui, la tête basse.