Édouard Wymper raconte dans son guide de Chamonix et du Mont-Blanc ce que furent les siècles qui suivirent cette donation. Les hommes libres qui peuplaient cette vallée «n'étaient guère mieux traités que des esclaves, de temps à autre, ils étaient brûlés au pilori pour leur bonheur futur et pour le bénéfice immédiat du Prieuré».

St-Gervais et la chaîne des Aravis.

Si l'on en croit le même auteur, les rudes montagnards n'auraient pas supporté facilement cette oppression.

De telles idées d'indépendance peuvent surprendre chez ces montagnards vivant isolés dans leur vallée.

C'est à la neige qu'ils les devaient? Cette neige ennemie, qui recouvrait leurs pâturages durant de longs mois, les avait poussés, en effet, à chercher en dehors de leur vallée natale dans des régions moins ingrates, un supplément de ressources. Dès une période reculée, ils prirent l'habitude de s'expatrier en France, en Allemagne et en Italie. Chaque année, ils vont louer leurs services. Ils exportent aussi les produits de la vallée: à travers les cols ils font un important trafic de miel et de fromages.

En échange de leurs services et de leurs produits, ils rapportent au pays natal non seulement de l'argent, mais des idées. C'est ce qui frappera le plus les premiers visiteurs de Chamonix vers le milieu du XVIIIe siècle: là, où ils ne croyaient trouver que l'ignorance et la misère, ils constateront avec stupéfaction l'aisance et l'instruction.

C'est grâce au développement intellectuel et moral de ses habitants que Chamonix pourra recevoir ses premiers hôtes, sans les rebuter.