De Saussure.
Le Mont-Blanc reçoit alors les visites des plus illustres personnages. C'est d'abord, en 1779 celle de Gœthe, accompagné du duc de Weimar. Lui aussi est séduit par la beauté du spectacle. C'est le 4 novembre à la nuit, qu'il entre dans la vallée: «Nous remarquâmes, dit-il, au-dessus de la montagne, à droite, devant nous, une lumière que nous ne pouvions expliquer. La beauté de ce spectacle était tout à fait extraordinaire.»
Le Mont-Blanc vu de Genève.
Chateaubriand y vient à son tour, en 1805. Seul dans le concert des admirateurs, il donne une note discordante. «Ceux, dit-il, qui ont aperçu des diamants, des topazes, des émeraudes dans les glaciers, sont plus heureux que moi, mon imagination n'a jamais pu découvrir ces trésors... quant au voyageur de la vallée de Chamonix, c'est en vain, qu'il attend ce brillant spectacle. Il voit comme du fond d'un entonnoir au-dessus de sa tête, une petite portion d'un ciel bleu et dur, sans couchant et sans aurore; triste séjour où le soleil jette à peine un regard, à midi, par-dessus une barrière glacée.»
Un pareil jugement devait rester sans écho: il sera d'ailleurs très vivement critiqué par la suite. Vingt ans plus tard, Victor Hugo devait lui donner le plus éclatant démenti: il trouvera que la vallée de Chamonix est «un temple», le glacier des Bossons «une ville d'obélisques, de cippes, de colonnes et de pyramides».
Alexandre Dumas, George Sand, Napoléon III, Tyndall, Pasteur viennent tour à tour attirés, les uns par la curiosité, les autres par leurs recherches scientifiques.
Théophile Gautier arrive en mai 1868, rendre au Mont-Blanc l'hommage que lui doit la littérature; il décrit en de belles pages, l'impression qu'il ressentit au débouché de la vallée de Magland: «Le Mont-Blanc se découvrit soudain à nos regards, et nous eûmes en ce moment la sensation complète du beau, du grand, du sublime.»