Intérieur à la Flégère.
La littérature contemporaine ne lui consacre pas seulement des articles; mais elle le prend comme un des éléments de l'action de ses romans avec l'«Alpe Homicide», avec «Tartarin sur les Alpes». La mode si capricieuse et si changeante pour une fois est fidèle et se fixe: le Mont-Blanc reste à la mode. Pour le public, un voyage à Chamonix s'impose comme une convenance mondaine; pour les alpinistes, le Mont-Blanc est un sommet qu'il faut avoir «fait»; pour les amateurs d'alpinisme acrobatique, les Aiguilles du Mont-Blanc sont une consécration.
Près de deux siècles se sont écoulés depuis le jour où la lumineuse coupole haussée par-dessus les montagnes, fit à ses premiers amants le signe fatidique. Ils sont venus à elle fascinés, et lui ont consacré la plus grande partie de leur existence, leur art, leur énergie, leur science. D'autres leur ont succédé, certains lui ont sacrifié leur vie; qu'importe, d'autres sont venus, et la foule de ses admirateurs croît chaque jour.
Sur le chemin de la Flégère.
C'est que chaque saison révèle quelque beauté nouvelle. Après la conquête du sommet ce furent les cols qui tentèrent les explorateurs, puis les aiguilles fantastiques; enfin les «minces esquilles de roc» se révélèrent plus attirantes encore.
L'art de conquérir les cimes a évolué à mesure que les pointes à conquérir étaient plus inaccessibles. L'homme s'est haussé à la grandeur des difficultés.
Qu'importe la position du corps, pourvu qu'il adhère à la muraille; qu'importent les mains déchirées pourvu qu'elles tiennent la prise; qu'importe la morsure du gel si elle ne fait pas ouvrir les doigts: petites souffrances qui passent inaperçues dans l'ardeur de l'assaut violent, oubliées dans les joies d'un retour victorieux, blessures glorieuses qui en prouvant l'âpreté de la lutte, exaltent l'importance de la victoire.