Lorsque le Mont a étendu sa grande ombre envahissante sur l'âme de l'alpiniste, celui-ci ne peut résister à l'envoûtement. Malgré l'angoisse des positions vertigineuses le long des parois abruptes, il revient à la montagne. Dans les dures épreuves des couloirs glacés, des escarpements effroyables, il est tenté de faire le même vœu que Tonia de Maurin des Maures: «Bouan Dioù, bouano mère! que l'ooublidi.» Mais le Mont est là qui l'attire invinciblement.

Et c'est pourquoi, subissant le sort commun de mes frères de la montagne, en cette saison d'automne pleine de langueur, je suis revenu au Mont-Blanc.

Il est plus beau que jamais avec son piédestal d'arbres roux, d'herbes brûlées, d'airelles rouges, qui fait à sa dalmatique de neige une bordure de velours aux couleurs changeantes. Mais l'homme ingrat l'a déserté: partout on ferme; le funiculaire du glacier de Bionnassay ne monte plus aux flancs du Mont-Lachat; le Montenvers est clos; clos aussi le refuge du col du Bonhomme; clos le chalet de Lognan. Et cependant! que de courses sont encore praticables; que de féeries se jouent encore, sur les monts, avant que commence le grand drame silencieux de l'hiver!

Procession à Combloux.