La vallée de Chamonix.

CHAPITRE II

Vallée

Pour eux aussi refleurissaient
les prairies et se doraient les
moissons.
Guido Rey.

Il faudrait la fine et précise observation d'un Devambez pour dépeindre toutes les choses menues que l'alpiniste, du haut des Aiguilles, aperçoit au fond de la vallée lilliputienne: les petites maisonnettes, disposées avec grâce sur les prairies vert tendre, les petits traits blancs qui relient les villages comme avec des rubans de poupées, le petit train mécanique, le filet d'eau capricieux de l'Arve, les arbres minuscules groupés en petits bois, les imperceptibles pucerons roux qui se déplacent lentement dans des pâturages de rêves enfantins, portant d'invisibles clochettes dont le son grêle se répercute et monte comme une lointaine musique de nains. Toutes les couleurs, toutes les teintes sont fraîches, comme si le peintre venait de donner son dernier coup de pinceau.

Comme tout cela respire l'ordre, l'harmonie, l'aisance! Rien ne permet de penser avec Chateaubriand que c'est là «un triste séjour où le soleil jette à peine un regard à midi, par dessus une barrière glacée». Demandez aux habitants des villages qui se succèdent au bord de l'Arve, depuis le Col de Voza jusqu'au Col de Balme, à ceux des Houches, des Bossons, ou de Chamonix, à ceux des Praz, des Tines ou d'Argentière, s'ils «se regardent comme en exil»? Tout le passé se dresserait contre une pareille pensée.

Les Houches.