Leurs efforts vont alors se concentrer sur les deux voies d'accès qui se présentent tout naturellement à l'esprit lorsqu'on regarde le Mont-Blanc depuis le Prieuré: l'arête occidentale par le Col de Voza, l'Aiguille du Goûter et le Dôme du Goûter, et la route des Bossons qui monte directement sans barre rocheuse interposée, comme une immense langue de neige ininterrompue.
Plus accoutumés au rocher qu'au glacier, les crystalliers et les chasseurs vont chercher à s'élever le plus haut possible vers le Mont-Blanc par le rocher. C'est pourquoi on les voit dès leurs premières explorations, escalader l'arête rocheuse qui sépare le glacier des Bossons de celui de Taconnaz et porte le nom de Montagne de la Côte. En 1775, Michel et François Paccard, Victor Tissai et Couteran, remontent la rive gauche du Glacier des Bossons le long de la Montagne de la Côte jusqu'au sommet et parviennent à prendre pied sur le glacier. Ils traversent alors la région crevassée appelée aujourd'hui la Jonction, et atteignent ainsi le pied du Dôme du Goûter. Mais pressés par le temps, n'osant passer la nuit sur le glacier, ils ne voulurent pas ce jour-là aller plus avant et battirent en retraite. Cependant leur tentative n'avait pas été inutile. Ils avaient découvert une voie d'accès permettant d'atteindre au-dessous de la cime du Mont-Blanc le cirque qui s'étend entre le Dôme et le Mont-Maudit et que l'on appellera bientôt le Grand Plateau. Il restait toutefois à sortir de ce cirque et à gagner l'arête terminale.
Sur la route du Mont-Blanc.
Continuer droit dans la direction du Mont-Blanc, c'était impossible, car la pente de neige se redresse en un escarpement formidable, sur 800 mètres de haut. Il apparaissait dès lors nécessaire de tenter de gagner l'arête, soit à droite, soit à gauche pour la suivre ensuite dans la direction du sommet. Le premier itinéraire qui s'offrait, consistait à gagner la dépression située dans l'arête Ouest entre le Dôme du Goûter et le Mont-Blanc. L'expérience démontra que dans la direction du sommet l'arête se rétrécissait de plus en plus et finissait à droite et à gauche sur des à pics formidables.
Restait alors l'arête Est: elle paraissait vulnérable entre le Mont Maudit et le sommet. A gauche, en effet, du Grand Plateau, la calotte du Mont-Blanc est supportée par deux lignes de rochers parallèles appelés Rochers Rouges. Entre ces deux barres rocheuses descend une langue de neige de 500 mètres de haut environ, qui aboutit au grand Plateau.
Le glacier et le jardin de Talèfre.